Portrait d’une expatriée en Arménie

expatriation Arménie

Depuis plus d’un an, Véronique est expatriée en Arménie et découvre progressivement les réalités de ce pays parfois méconnu : conditions de vie, situation géopolitique, traditions… Elle partage ici son expérience et décrit les spécificités de cet état particulièrement enclavé.

 

Pour quelles raisons es-tu partie vivre en Arménie ?

Mon mari est diplomate et a été muté à l’Ambassade de France en Arménie pour 3 ans.

Où résides-tu ?

Nous habitons dans le centre de Erevan, la capitale du pays.

Pourrais-tu nous décrire les conditions de vie en Arménie ?

Nos conditions de vie en tant qu’expatriés sont bonnes, ce qui n’est pas le cas de la population arménienne. Nous avons un grand appartement dans le centre et notre pouvoir d’achat nous permet d’acheter tout ce dont nous avons besoin, enfin ce que nous trouvons ici. Nous avons dû modifier nos habitudes alimentaires car le choix de produits n’est pas varié. Nous trouvons essentiellement des produits russes, y compris de marques européennes, mais qui sont produits en Russie ou dans les pays de la CEI (Communauté des États Indépendants, ex URSS). Les fruits, les légumes et la viande sont produits localement. Les prix sont très bas pour nous mais élevés pour les Arméniens.

Il n’y a qu’une seule route d’acheminement des produits vers l’Arménie. Les marchandises transitent toutes par la Géorgie, au Nord du pays. En effet, la frontière avec la Turquie est fermée pour cause de génocide non reconnu par les autorités turques depuis un siècle. Celle avec l’Azerbaïdjan est fermée pour cause de guerre (de territoire) et celle avec l’Iran ouverte mais il n’y a pas d’importation d’Iran.

Le climat est chaud (45° cet été) et sec (moins de 50 jours de pluie par an) avec un hiver très rude mais court (-20° en décembre 2013). Les prix du gaz sont très élevés malgré la fourniture par les Russes et les Arméniens ont beaucoup de difficultés à se chauffer.

Mont Ararat. Il se trouvait en Arménie occidentale avant le génocide de 1915 et se trouve maintenant en Turquie. Pour les Arméniens, il est le symbole de leur territoire perdu.

Le niveau sanitaire est mauvais et tous les expatriés sont régulièrement « malades ». La chaîne du froid n’est pas respectée, les conditions de stockage et de transport des denrées alimentaires sont médiocres… Quant au niveau médical, même s’il est possible de traiter des maux bénins, il est vivement conseillé de rentrer en Europe se faire soigner.

L’Arménie est un pays en guerre avec l’Azerbaïdjan depuis les années 90 même si le cessez-le-feu est de rigueur depuis 1994. Les jeunes hommes partent pour 2 ans sur le front (Haut Karabagh et Nakhitchevan) et nous pouvons ressentir le patriotisme et le nationalisme de la population, comme dans tous les pays en guerre.

 

Commémorations du Génocide arménien le 24 avril. Le centenaire sera commémoré en 2015.

As-tu facilement pu trouver un emploi sur place ?

Les autorités arméniennes ne me permettent pas de travailler car je suis détentrice d’un passeport diplomatique. Je n’aurais de toute façon pas pu trouver de travail ici. Le taux de chômage est de 40 % à Erevan et de 60 % à Giumry, la deuxième ville du pays. D’autre part, les salaires sont extrêmement bas (250 $ en moyenne). Je m’implique dans l’humanitaire car il y a énormément de choses à faire ici, entre les orphelinats, les zones de guerre, les réfugiés syriens…

Quelles langues utilises-tu au quotidien ?

La langue officielle est l’arménien que je comprends un peu mais la deuxième langue la plus parlée est le russe puisque l’Arménie était jusqu’en 1991 une république soviétique. Je parle donc russe dans la vie quotidienne (environ 75 % de mon temps) et anglais avec les plus jeunes ou mes amies étrangères. Le français est très peu parlé et j’ai rencontré très peu d’Arméniens qui maîtrisent notre langue. Mes amies qui ne parlent pas russe sont beaucoup moins autonomes que moi, à moins d’apprendre l’arménien. Cela demande un très gros investissement de travail pour une langue qui n’est parlée qu’en Arménie.

Quels aspects de la culture arménienne t’ont le plus surpris ?

Il y en a beaucoup car la culture arménienne est un mélange de cultures européennes et orientales. Le premier aspect culturel surprenant est le machisme des hommes arméniens et la docilité des femmes. Il y a très peu de femmes qui conduisent mais ce sont les femmes qui travaillent (à l’extérieur et dans le foyer). Elles ne fument pas, ne boivent pas et ont très peu la parole. C’est un peu différent à Erevan mais cela m’a vraiment surprise lorsque je suis allée chez des Arméniens en dehors de la capitale. Les jeunes femmes se marient très jeune (18/19 ans) et ne choisissent par leurs maris. C’est la belle-famille qui choisit car le fils reste vivre chez ses parents avec sa famille.

La deuxième chose surprenante est le patriotisme et l’ultra nationalisme des arméniens. C’est en grande partie dû à l’état de guerre. Les journaux télévisés actuels ressemblent à ceux de l’époque soviétique par les images et les discours de propagande.

Défilé de militaires lors de l’une des nombreuses célébrations 

Il existe beaucoup d’autres sujets d’étonnement en Arménie comme la conduite automobile, les croyances diverses et variées, etc. Mais l’Arménie est un pays attachant et ses habitants sont d’une extrême gentillesse. Ils veulent tout vous offrir alors qu’ils n’ont rien. Le pays aura beaucoup de mal à se développer car il n’y pas de matières premières et pas de savoir-faire particulier à exporter. Le pays vient d’ailleurs d’accepter de rentrer dans l’Union Douanière Eurasiatique avec la Russie. L’Arménie a bien plus besoin de la Russie que de l’Union Européenne pour s’en sortir.

Comment envisages-tu le retour d’expatriation ?

Je sais que ce sera difficile car nous avons déjà vécu un retour d’expatriation de Russie il y a quelques années. Le retour risque de ne pas être simple car j’aime l’idée de découvrir chaque jour un aspect du pays où je vis et la vie en France va nous sembler monotone. Nous savons d’ores et déjà que mon mari prendra un nouveau poste à l’étranger au maximum 2 ans après notre retour en France.

Date de publication : 5 jan 2015

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