Travailler avec des chiens de traîneau au Canada : une ancienne PVTiste raconte

mushing au Canada

Lorsque Gaëlle est partie au Canada dans le cadre du Programme Vacances-Travail (PVT), elle a découvert le mushing. S’occuper des chiens de traîneau au quotidien, organiser les expéditions, guider des clients en raquettes par - 40 °… Elle se souvient de tous les détails de cette expérience !

 

Où as-tu travaillé avec des chiens de traîneau ?

J’ai travaillé dans le petit village de l’Anse-Saint-Jean, au Saguenay, Québec. On dit que c’est un des plus beaux villages du Québec et c’est plutôt vrai ! Le Plein air de l’Anse (maintenant Entre chien et loup) est une toute petite entreprise. Il y avait une meute de 25 chiens dont s’occupe Vanessa, la responsable, et une meute de 15 chiens, celle de Goulwen, «le chum à Vaness’».

Comment es-tu parvenue à dénicher ce job ?

Peu de temps avant le départ, j’ai rencontré Nicolas, un belge qui partait en PVT au Canada au même moment que moi. On s’est retrouvé à Montréal, histoire de se raconter nos aventures en milieu de parcours. Il avait déjà pas mal baroudé et j’aspirais également à cela. À ce moment-là, j’avais déjà bougé un peu mais je stagnais à Montréal avec un boulot super chouette que je ne voulais pas quitter. J’avais surtout très peur de vivre l’inconnu.

Via des annonces, Nicolas avait trouvé deux offres (type wwoofing) pour travailler avec des chiens de traîneau mais ne savait pas laquelle choisir… Il m’a expliqué le pour et le contre des deux options. L’un des jobs consistait en de l’entrainement : faire courir les chiens en vue de la Yukon Quest (course de traîneau annuelle entre le Yukon et l’Alaska). L’autre job était davantage lié à l’accueil du public, l’entretien du chenil, etc., avec quelques sorties en traîneau. Il a opté pour le 1er job, j’ai pris les coordonnées du second ! J’ai envoyé un mail et Vanessa m’a répondue immédiatement : « Viens dès que tu peux, à partir de maintenant ! ». J’avais prévu une virée à New-York mais dès que je suis rentrée, j’ai quitté Montréal !

Le métier de musher et de co-guide raquette est physique mais passionnant... Raconte.

C’est tout un métier ! Voilà ce que j’ai appris…

S’occuper d’animaux, ce n’est pas de la blague : c’est du non-stop, qu’il vente, qu’il pleuve, qu’il neige… ou qu’il fasse  - 40 ° ! Lever à 7h, petit déjeuner consistant avec les clients qui ont dormi à la grangette la veille au soir. Pas le temps de traîner. Déjà dehors pour la routine du matin : d’abord il faut nettoyer les enclos, la tâche la moins sympathique je dirais. Ensuite, on sort les toutous ! C’est une des très rares entreprises du Québec où les chiens se promènent en liberté. Cette liberté leur permet de s’exprimer au sein de la meute, composée de dominants, de dominés, d’un chef, de mâles, de femelles, de petits… Évidemment, chaque meute sort à tour à tour, sinon ce serait le carnage ! Pour les sortir, il faut les détacher un par un. Ils vont alors rejoindre Vanessa qui les attend dans le chemin. Ils sont habitués et les bagarres sont très rares ! Cela arrive parfois lorsqu’une femelle est en chaleur. Dans ce cas, elle reste dans en enclos privatif.


En train de mettre le harnais aux chiens

La promenade c’est mon moment préféré ! Certains viennent jouer avec nous ou chercher des câlins, d’autres courent comme des fous. Mais tous écoutent et nous suivent quand on rentre. Ensuite, il faut rattacher les chiens et leur mettre leur harnais. Après cette étape, on sort les traîneaux et on les équipe : coussins, peaux, et nourriture. En cas d’expédition de deux jours ou plus, une organisation millimétrée s’impose : on emporte du bois de chauffage, la tente, le poêle, la nourriture pour les clients et pour les chiens, une trousse de secours, une radio satellite, etc. Tu connais Tetris ? C’est pareil… C’est Jojo la super cuisinière qui s’occupe de l’aspect nourriture. Ensuite, on équipe les clients. On pourrait s’imaginer que c’est facile mais loin de là : beaucoup de personnes pensent être correctement équipées alors qu’en fait…

Après vient la sortie en traîneau. Les premières semaines, je restais à la grangette pour aider Jojo à l’entretien du bâtiment. Ce temps d’adaptation m’a aussi permis de retenir les noms des chiens, quelle affaire ! Un peu plus tard, j’ai commencé à sortir aussi avec les clients. J’ai également eu l’occasion de faire deux expéditions de deux jours ! Quelle que soit la durée de la sortie ou les sentiers empruntés, les paysages sont à couper le souffle, les chiens s’entendent bien et les clients sont heureux !

 


Après une tempête…

Quand les chiens reviennent de sortie, on va les attacher, les féliciter, leur donner de l’eau. Vient la pause tant attendue où l’on mange tous ensemble, avec les clients à la grangette. Après le repas (qui n’est donc pas vraiment une pause), on se rhabille et c’est la même routine si ce n’est que les harnais sont déjà mis : on sort les traineaux, on les équipe, on accueille les nouveaux clients, on attache les chiens aux traineaux, etc.  En fin de sortie, les chiens rentrent alors pour de bon. Une fois les clients partis, on prépare la nourriture pour les chiens : trippe d’orignal, gras de vache, sang, riz et germes de blé. Que du bon ! Mais ça aussi, c’est du sport. La viande est congelée par blocs de plusieurs kilos (15 je crois) et il faut les couper à la hache. Pour tout mélanger on utilise un drill, et quand tu éclabousses, tu mets du sang partout, qui gèle directement sur le sol et les murs et il faut tout nettoyer ! J’ai appris à utiliser une hache, et ça c’est la classe ! Mes mains s’en souviennent encore… Je me réveillais le matin les poings fermés et je ne savais plus ouvrir les mains.

On nourrit les chiens une meute à la fois. C’est physique : servir, se pencher, ramasser, etc. Après une journée dans les jambes, c’est assez éreintant. De plus, il fait déjà noir et frette en titi ! Quand les seaux sont nettoyés et rangés, la journée est finie. Je dois encore rejoindre la grangette où les clients sont attablés après leur journée. Je dois garder le sourire malgré la fatigue, aider si nécessaire… et au lit à 22h maximum !

 

 
Fin de journée…

Les rares demi-journées où il n’y pas de sorties, on en profite pour se reposer entre deux tâches (couper du bois de chauffage, entretenir les sentiers, nettoyer la grangette, sortir les poubelles…) et faire des câlins aux chiens, évidemment !

Pour les raquettes, j’ai accompagné plusieurs fois le guide avec les clients, en raquettes. J’ai beaucoup appris sur la faune et la flore et suis devenue apte à reconnaitre quelques arbres et plantes. Puis j’ai retenu le trail en le faisant de mémoire, avec un chien et un talkie-walkie, et ensuite, en y emmenant une stagiaire. Cela n’était pas trop compliqué, il y avait encore des traces au sol ! Plus tard, j’ai refait cette sortie plusieurs fois avec des amis qui étaient en visite. C’était une aventure extraordinaire que de pouvoir guider des personnes à travers toute cette neige !

Je suis retournée à l’Anse-Saint-Jean en été. On oublie parfois que les chiens sont toujours là quand il n’y a pas de neige ! Vanessa et Goulwen sont partis en vacances et j’ai gardé les chiens seule trois semaines. Je crois que c’est mon plus beau souvenir du PVT. Les chiens me connaissaient suffisamment et les responsables me faisaient assez confiance pour que je fasse la ballade seule ! En été, les chiens vont nager dans la rivière, c’est magique ! J’ai fait la nourriture, l’accueil des clients qui viennent loger en été, l’entretien des enclos… Je n’ai jamais été aussi fière de moi !

Tes 3 conseils aux jeunes qui voudraient travailler avec des chiens de traîneau au Canada ?

1. Ce job nécessite quand-même une bonne condition physique et beaucoup de persévérance. Pour ma part, la condition physique n’était pas extraordinaire mais si j’ai tenu le coup c’est grâce à ma persévérance !

2. Être bien avec soi-même et se faire un minimum confiance. Derrière le beau côté aventurier il y a malgré tout un travail à grosse responsabilité. Il faut être attentif à tout, tout le temps, et accepter de se prendre des remarques aussi.

3. Être bien équipé ! Awaille, attache ta tuque toi qui vient d’Europe ! Se pogner un vent en plein face par - 40, tabarnouche, ça fait frette en titi !

 
Lac Emmuraillé, Anse-Saint-Jean, Québec

 

Pour en savoir plus :

Découvrez le site de l’entreprise pour laquelle Gaëlle a travaillé : entrechienetloup.ca

Date de publication : 16 jui 2015

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